Cela fait plusieurs jours que je planche sur la traduction de l’interview envoyée sur le site de Yamane-sensei. Vous y trouverez la version originale en japonais et une version officielle en anglais. Comme vous le savez, je ne lis ni ne comprends le japonais. Par conséquent, ma traduction se fonde sur la version anglaise. Cependant, j’ai pu constater par mes propres moyens que cette dernière n’est pas vraiment fiable.

A défaut d’avoir une traduction anglaise de qualité, j’ai adapté selon ce que j’ai pu/cru comprendre du texte et pour certains passages particulièrement nébuleux, ai demandé des explications à des copines anglophones habituées à lire le japonais — merci à Deirdre et okaeshi pour leurs éclaircissements. Donc gardez à l’esprit que ma traduction comporte à coup sûr des erreurs étant donné que la version officielle anglaise est plutôt approximative.

Je dois aussi citer l’aide précieuse de Shyn, qui a relu et corrigé mon travail en français, le passant au crible de son expertise artistique. Mon intention, à l’instar de ce que j’ai ressenti à la première lecture de cette interview, était de rester dans une optique de vulgarisation correcte et cohérente de l’aspect technique pour les profanes qui constituent l’immense majorité des fans de Yamane Ayano. Shyn, merci d’avoir permis de rendre ce texte plus fluide et compréhensible. ^_^

Entretien avec Yamane-sensei !
08/07/2011


La vidéo visible en première page est un enregistrement d’Ayano Yamane-sensei en train de dessiner une illustration en couleur. Filmée sur 2 jours et dévoilée au festival Animate Girls 2010 en tant que vidéo spéciale, celle-ci fut ensuite condensée dans ce clip de 7 minutes. Juste après la publication de ce dernier, il recueillait d’excellentes réactions non seulement en provenance du Japon, mais aussi bien de l’étranger. Par le biais de l’encrage et de la colorisation, Yamane-sensei insuffle peu à peu vie au personnage. C’est pourquoi nous avons interrogé l’artiste sur ce processus de création.

— Vous avez 8 étapes pour le dessin d’une seule illustration en couleur. Est-ce que vous pouvez les expliquer simplement ?

[Brouillon]

La composition est très importante pour une unique illustration. Il me faut alors songer au genre d’image que je désire ainsi qu’au message que je veux transmettre.

Parce qu’il s’agit d’une seule illustration, je dois réfléchir à sa composition et aux expressions des personnages car c’est à partir de là que le spectateur s’imaginera le déroulement de la scène ou de l’histoire.

(Par exemple, « ces deux-là sont pourchassés sous le projecteur de l’hélicoptère à travers les toits…! » ou « ces deux-là se rendent à une réception. ♪ Ils boiront du champagne. ♪ » )

Maintes fois, j’ai dessiné d’innombrables esquisses durant plusieurs jours avant d’en produire une qui me plaise. (^^; Si je ne détermine pas les lignes à encrer pendant cette phase de brouillon, les choses se gâteront par la suite.

[Crayonné]

Une fois ma décision arrêtée sur le croquis, je prends le papier qui me servira pour la colorisation et fixe l’esquisse dessous. Puis à l’aide d’une table lumineuse, je reproduis l’image. Cependant, même si je la décalque, je n’obtiendrai jamais exactement le même dessin…

Les expressions des personnages, que j’ai pris tant de temps à déterminer, finiront par changer un peu à ce stade. En conséquence, je fais quelques menus ajustements tout en prenant soin de ne pas endommager le papier.

Comme la matière dont je me sers est délicate et peluche facilement, je dois me montrer très attentive. En effet, lorsque vous appliquez l’encre de couleur sur une partie endommagée, cela ne produira pas un bel effet.

Bien souvent, le papier devient pelucheux même en faisant extrêmement attention. Je suis du genre à m’irriter facilement, donc je persiste à m’acharner dessus afin de ne pas jeter tout le travail accompli. (^^;

Cette étape prend généralement une demi-journée.

[Sous-couche]

Après, je peins avec de l’encre de couleur. D’ordinaire, je commence par la peau. Je prépare un mélange constitué de 4 ou 5 encres — habituellement du jaune, orange, rose et marron — afin d’obtenir la carnation souhaitée.

Je donne au personnage du seme un teint plus foncé et au personnage du uke un teint avec une charmante touche de rose…

J’ajoute beaucoup d’eau à ma couleur et l’applique finement sur les zones voulues. La raison pour laquelle je délaye autant les encres consiste à nuancer la coloration de sorte qu’elle ne devienne pas irrégulière.

Avant de peindre les cheveux, je finis le visage.

Etant donné l’importance cruciale du visage, si je ne le définis pas à ce moment-là, je ne peux pas poursuivre le reste de l’illustration. (^^;

Pour les détails faciaux, j’utilise un pinceau à pointe fine. L’animation de l’illustration est ici en jeu, aussi dois-je faire preuve d’extrême minutie avec ce travail.

[Surcouche]

Après avoir posé la couleur de base, j’étends rapidement les ombres pendant que l’encre est encore humide, veillant à ce que leur orientation respecte la source de la lumière. Si l’obscurcissement est léger, cela rappelle un dessin gracieux façon manga shoujo, et s’il est épais, cela évoque un dessin hardi façon manga shounen. Cette étape est importante pour faire ressortir la tridimensionnalité des personnages.

Quant aux choses telles que la peau, les vêtements et les accessoires, la façon dont la lumière les éclaire ou forme les ombres varie selon les objets. J’estime important d’avoir recours à des références lorsque je dois dessiner des éléments qui ne me sont pas familiers, ceci afin de mieux en appréhender tous les détails pour les restituer avec justesse. (Par exemple, la manière dont les chemises en coton et les jeans se froissent et l’épaisseur de leur matière sont complètement différentes. Aussi, quand la lumière se pose sur une ceinture en cuir noire, les parties éclairées brillent en blanc.) Notamment lorsque je peins des jeans, je prends exemple sur des vrais que je place à côté de moi. Les plis sont très compliqués…

[Cheveux]

Après le visage, c’est la partie la plus délicate. Je crée une auréole avec une couleur claire, puis à l’aide d’un pinceau à pointe fine, dessine méticuleusement le mouvement de chaque touffe de cheveux. Si un personnage a une longue chevelure, je pourrais pratiquement passer la moitié d’une journée à la peindre. Les mèches noires ont une couleur plus dense que les mèches blondes ou argentées, donc elles prennent énormément de temps et de labeur. Peindre des cheveux consomme une quantité formidable d’énergie et d’endurance. Une fois cette tâche accomplie, je dois faire une pause avant de pouvoir reprendre le travail. (^^;

[A propos de la colorisation]

Peau -> Parties du visage -> Cheveux -> Vêtements -> Arrière-plan. Je colorie dans cet ordre en complétant chaque zone tour à tour. En général, je commence par des couleurs plus claires puis passe aux couleurs plus intenses. Si vous faites l’inverse, les couleurs plus vives barbouilleront celles plus légères.

Un masque est apposé sur l’illustration lorsque je peins l’arrière-plan. (Note : Pour empêcher le chevauchement des couleurs, une feuille est placée sur les personnages et autres parties achevés.) Avec délicatesse, j’applique une feuille faiblement adhésive afin de prévenir les dégâts sur le dessin.

Honnêtement je trouve l’usage des aérographes très fastidieux du fait que ceux-ci exigent un entretien minutieux. Mais lors de la colorisation du décor, ils donnent l’impression que les personnages s’animent véritablement, aussi je les considère comme une autre étape fondamentale et essaie de faire de mon mieux.

Pour l’arrière-plan de l’illustration en couverture du volume 6 de Viewfinder, j’ai utilisé comme enduit de la pâte de structure et du gesso. Il est facile d’ajouter un motif depuis l’ordinateur, mais le dessiner à la main requiert beaucoup de temps et d’effort.

Je voulais faire ressortir la sensibilité que seul un fond réalisé à la main possède, de ce fait j’ai également dessiné des fleurs, un sofa, etc.

A la fin, je l’ai terminé en ajoutant des éclats blancs.

— Quel processus traversez-vous, de la conception au manuscrit, pour écrire un chapitre de votre manga ?

En premier vient l’intrigue. Je réfléchis à quelque chose de semblable à un synopsis pour le manga. Tant que le feu vert ne m’est pas accordé, je ne peux pas continuer.

Après que l’intrigue a été décidée, l’étape suivante est le nemuname en anglais. Le nemu est comme un storyboard, incluant la composition des planches, le dialogue et l’orientation de l’histoire.

Par des dessins basiques griffonnés sur n’importe quel support papier, je détermine le développement détaillé du manga. Cette partie de mon travail est celle qui mobilise le plus ma matière grise. La majeure partie du stress mental provient de cette phase.

Après l’élaboration du nemu, je démarre enfin l’étape du crayonné sur du papier dont le grammage s’adapte à la réalisation des planches d’un manga. Parfois, la composition dévie du nemu.

Une fois le crayonné fini, je commence l’encrage. C’est un travail exigeant qui sollicite beaucoup de patience. Dans mon cas, je peux finir tout au plus 5 à 6 pages par jour. Avec des choses telles que des personnages aux cheveux longs ou des monstres, mon rendement est encore pire.

Après l’encrage, j’utilise une gomme et effectue ensuite le bêta (remplissage de toutes les zones noires). Le gommage, illustrations d’arrière-plans, et trames de fond sont exécutés par des assistants. Bien des fois aussi, je dessine moi-même de petits objets tels que des futons et des épées.

Le tramage des scènes érotiques requiert compétence détaillée et individualité, donc je le fais moi-même. (rire)

Après l’application du blanc, le travail est terminé.

— Jusqu’à ce qu’une œuvre soit complétée, environ combien d’assistants seront nécessaires ?

Généralement, 2 ou 3 viennent aider pour les trames et arrière-plans.

On m’a dit que certains créateurs avec une production mensuelle prolifique ont encore plus de collaborateurs.

En raison des salaires des assistants, l’argent issu de la rémunération de mes manuscrits disparaît rapidement.

Je produis peu mensuellement, ainsi il m’arrive également de perdre de l’argent certains mois.

— Qu’est-ce que vos personnages signifient à vos yeux ?

J’ai un attachement très profond pour les personnages des séries sur lesquelles je travaille depuis longtemps. Ils sont comme mes enfants.

Cela ne changera jamais, qu’une de mes œuvres devienne populaire ou pas ; ce sont mes propres créations. Elles me sont chères.

— Yamane-sensei, merci beaucoup pour ce précieux entretien !

C’était très concret, n’est-ce pas?

Produire des œuvres, quel que soit le niveau de passion, est un écrasant chemin à emprunter.

Au bout du compte, l’énergie de la mangaka se transmet à ses lecteurs, ce qui devrait avoir une influence non négligeable sur la vie de chacun d’eux.

Maintenant que vous savez ce qui se passe dans les coulisses du travail de Yamane-sensei, la prochaine fois que vous lirez ses œuvres, il se pourrait que vous les voyiez sous un autre jour !

Voilà.

Pour parler d’autre chose, je me suis fait du mouron ces derniers temps. Mon chien n’était pas bien depuis quelques semaines. Il a 14-15 ans désormais et en voyant sa santé se détériorer brusquement, nous avions pensé avec tristesse qu’il vivait là ses derniers instants à nos côtés. En l’amenant chez le vétérinaire la semaine dernière, on a appris avec stupéfaction qu’il avait en fait une de ces brindilles des champs enfoncée dans le corps — si profondément que nous ne l’avions pas vue. Le vétérinaire l’a retirée et a soigné la plaie. Il nous a déclaré que notre chien guérirait de lui-même.

Le sacré lascar s’est aussitôt remis à gambader et à dévorer comme quatre. Ma mère est tellement contente — la pauvre avait perdu le sommeil et l’appétit à l’idée que notre diablotin allait nous quitter.

Notre petit convalescent a retrouvé tout son entrain. Sa plaie s’est très vite refermée. La vitesse avec laquelle il guérit me surprendra toujours.