Ce n’est pas l’artistique qui motive mon souhait suivant car franchement, les illustratrices choisies pour l’adaptation des livres concernés ne m’enthousiasment pas esthétiquement parlant. Mais j’adore ces romans donc je serais curieuse de pouvoir lire ce que cela donne en manga.

Lorsque j’ai véritablement découvert les romans Harlequin bien après ma majorité, je n’étais encore intéressée que par les romances historiques. Mon éditeur préféré jusque-là demeurait J’ai lu avec l’incontournable collection Aventures & Passions (A&P), dont je considérais les parutions plus explicites et palpitantes que les quelques Harlequin qui avaient eu l’heur de passer entre mes mains.

Mais j’avais atteint une certaine lassitude des A&P à ce moment-là, la qualité déclinante des parutions contribuant à mon sentiment d’ennui — depuis cette époque, J’ai lu a su redresser la barre. En quête de nouveauté, je décidai de donner une chance à la collection Les Historiques de Harlequin, un jour où je suis tombée nez à nez avec une couverture fort jolie et plutôt discrète — en ce temps-là, J’ai lu usait et abusait des embarrassantes clinch covers sur fond rouge pétant et en comparaison, la sobriété des couvertures des Historiques Harlequin m’apparut des plus rafraîchissantes.

Quoi qu’il en soit, ce changement dans mes habitudes de lecture me fut bénéfique. Deborah Simmons n’a pas été mon premier auteur Harlequin Les Historiques, mais de tous les écrivains de cette collection, elle fut pendant très longtemps ma préférée et le reste encore. Par son humour et ses scènes sensuelles, elle présente beaucoup de similarités avec le style de Julie Garwood dans ses meilleures romances historiques.

Mais pour en revenir à mon souhait d’aujourd’hui, il s’agit de la tétralogie Trowbridge / Regency Quartet, dont les Japonais ont adapté en manga 3 des 4 livres la composant.

Regency Quartet

Titre anglais : The Vicar’s Daughter
Titre du roman en français : La Débutante
Artiste : Kakuko Shinozaki
Genre : Historique
Vicar's daughter 1 Vicar's daughter 2
(Cliquez sur les couvertures pour lire des extraits en japonais.
Rappel : sens de lecture de droite à gauche.)

Synopsis du roman
La débutanteAngleterre, 1814
Maximilien Fortescue, cinquième comte de Wycliffe, rangea avec satisfaction dans son gousset la superbe montre en or qui symbolisait sa légendaire ponctualité. Il venait de consacrer à l’inventaire de son nouveau domaine, Casterleigh, les deux heures prévues à cet effet. Le moment était donc venu de s’acquitter d’une visite de courtoisie chez le pasteur ; visite qui durerait 30 minutes, pas plus.
Fort de cette résolution, le comte se rendit au presbytère dont il trouva la porte entrouverte. Il s’aventura dans le vestibule, gagna le seuil du salon et s’immobilisa, captivé. Une personne du beau sexe proposait ingénuement à son admiration la courbe ronde et pleine de sa croupe. Comme elle était agenouillée sur le canapé et penchée par-dessus le dossier, en quête sans doute de quelque objet, le fin tissu de sa robe épousait avec une indiscrète précision le modelé d’un postèrieur mutin qui, assurément, était celui d’une très jeune femme. La bienséance, à laquelle Maximilien était d’ordinaire si attaché, eût exigé qu’il signalât sa présence. Mais étrangement, il n’en fit rien et attendit, comme hypnotisé, que l’inconnue l’aperçoive enfin. Nullement troublée, elle sourit, fixant sur lui son regard vert.
– Bonjour, dit-elle d’un ton enjoué. Je m’appelle Charlotte.

Le graphisme de Kakuko Shinozaki n’est pas franchement ma tasse de thé, notamment à cause de sa disgracieuse propension à resouligner l’arrête du nez par cette ligne en forme de U. Mais à force, je ne trouve plus ses dessins aussi vilains qu’au tout début, sauf quand je vois ce U sur les nez. Je commence même à trouver du charme à son style parce que si je ne le considère toujours pas beau — surtout dans sa manière de dessiner les hommes, les femmes étant parfois réellement jolies — , j’apprécie l’expressivité de son coup de crayon. Puis je me dis qu’il faut bien m’y faire vu qu’en observant la liste des adaptations Harlequin par la mangaka, beaucoup sont tirées de romans plébiscités par les lecteurs de romances.

The Vicar's DaughterLa Débutante/The Vicar’s Daughter est un roman pétillant, à classer dans les excellents Deborah Simmons. Charlotte est une héroïne délicieusement délurée, ingénue un rien manipulatrice. Et Max, maniaque de l’ordre, voit son train-train bouleversé par la tribu des Trowdridge où règne désordre et chaos, mais où il respire bon un débordant amour familiale. Et c’est le coup de foudre entre ce célibataire richissime et la modeste famille Trowbridge. Les scènes cocasses défilent et entre rires et passages joyeusement sensuels, on savoure aussi bien nos héros que des personnages secondaires hauts en couleur, dont certains deviendront les héros de leur propre histoire à venir. Non seulement nous avons droit à une comédie bien rythmée, mais le final nous gratifie aussi de pas mal d’action.

Pour note, je souligne que si en français, la série a été appelée Trowbridge, en vérité, le seul point commun aux 4 bouquins est le personnage de Deverell Fairfax, vicomte de Raleigh, ami ou connaissance des héros des 3 premiers livres, le 4ème et dernier lui étant consacré.


Titre anglais : The Devil Earl
Titre du roman en français : Lord Lucifer
Artiste : Misao Hoshiai
Genre : Historique
Devil earl 1 Devil earl 2
(Cliquez sur les couvertures pour lire des extraits en japonais.)

Synopsis du roman
Lord LuciferCornouailles, 1818
Quand les chimères d’une jeune romancière deviennent réalité…
Prudence s’approcha de la fenêtre. D’énormes nuages galopaient dans le ciel orageux comme une armée de cavaliers lancés à la poursuite d’un ennemi en déroute. C’était une nuit de tempête, une de ces nuits d’apocalypse où les éléments se déchainent.
Soudain, un éclair zébra les ténébres, illuminant le coche arrété devant l’abbaye. Un coche armorié, tiré par quatre chevaux à la robe d’ébène. Puis la portière s’ouvrit et un homme apparut. Drapé dans une cape sombre, il ressemblait à quelques émissaire du diable. Ses sourcils très noirs, plantés net, soulignaient comme un trait l’architecture hiératique du visage, le nez droit, la machoire aux contours accusés, les prunelles si foncées qu’un éclat bleuté y luisait. “Il est beau et inquiétant comme seule peut l’être une créature du Malin, songea Prudence, fascinée. Il en a le charme sulfureux, la vénéneuse séduction.”
A cette pensée, un petit frisson d’excitation la parcourut. Douée d’un joli talent de plume, la jeune fille se plaisait à inventer des histoires échevelées où de blondes ingénues s’éprenaient de héros ténébreux.
Mais, cette fois, elle se trouvait face à un héros de chair et de sang, ô combien plus envoûtant…

Aux amateurs de personnages excentriques à la Amanda Quick, un pseudonyme de Jayne Ann Krentz, je vous conseillerai de jeter un œil sur Lord Lucifer/The Devil Earl. Des 4 romans de la série, c’est celui que j’ai le moins aimé, mais cela reste un bon Deborah Simmons et un très bon Les Historiques tout court.

The Devil EarlComme je vous l’annonçais, le personnage de Prudence a le charme typique des vieilles filles aux hobbies singuliers — stéréotype ô combien prisé chez Amanda Quick ^_~ . Et dans le cas de notre héroïne, il s’agit des romans noirs, notamment lorsqu’elle publie un livre dont l’ignoble vilain présente bien des similitudes avec Sebastian, comte de Ravenscar… au point que toute la société confond cet assassin de fiction avec notre héros.

C’est ainsi que le récit se ponctue de moments cocasses et d’une ambiance gothique propice à l’imagination fertile de Prudence. Ma petite retenue sur ce roman vient de Sebastian — passé de débauché, des ancêtres fameux pour leur violence, soupçonné de meurtre sur son propre frère. Du temps de ma première lecture de ce roman, je n’avais pas l’habitude que l’on égratigne mes héros par certains types de faiblesses… et dans le cas de Sebastian, il s’agit d’une addiction à l’opium. Le passage particulièrement émouvant où il est forcé de se sevrer avec le soutien peu catholique de Prudence m’avait pas mal troublée. J’étais partagée entre compassion pour ce héros vulnérable et véritablement charmant et répulsion tant, indépendamment du livre, est ancré en moi le rejet des drogues.

Si mon aversion pour les stupéfiants n’a pas changé, je pense qu’aujourd’hui, j’ai gagné suffisamment de bouteille et de mûr détachement pour ne plus porter de jugement même inconscient sur un héros de romance tel que Sebastian. Après tout, son amour pour Prudence le pousse à devenir un homme encore meilleur — message extrêmement positif et bien entendu, il guérit de son addiction avec l’aide de sa bien-aimée.

Mais là n’est pas le cœur de l’intrigue. C’est d’abord la rencontre de 2 originaux qui tombent amoureux et Prudence fait fi des rumeurs contre Sebastian, déterminée à l’innocenter des soupçons de meurtre pesant sur lui. Et pour ne rien gâcher, la tension entre Prudence et lui nous captive par son intensité.

Pour glisser 2 mots sur Misao Hoshiai, je trouve son graphisme plutôt mignon. C’est typiquement shoujo, dans un style un peu vintage, mais cela reste agréable à regarder. Néanmoins, ce type de dessin me donne toujours l’impression d’avoir devant les yeux une vieillerie pas spécialement adaptée pour un public féminin adulte d’aujourd’hui, mais cela a du charme.

Titre anglais : Tempting Kate
Titre du roman en français : Le Château des Tentations
Artiste : Rin Ogata
Genre : Historique
Tempting Kate
(Cliquez sur la couverture pour lire un extrait en japonais.)

Synopsis du roman
Le château des tentationsAngleterre, 1815
Adossé à ses oreillers, le marquis de Wroth regardait sa géolière s’affairer dans la chambre. Avec ses traits délicats, son teint lilial et ses yeux myosotis, elle évoquait un ange. Drôle d’ange en vérité, qui, la veille, avait fait irruption chez lui pistolet au poing en l’accusant d’avoir abandonné sa soeur enceinte ! Un coup de feu était parti et il avait repris conscience dans ce lit inconnu, le torse ceint d’un bandage… Perplexe, il observa de nouveau la jeune femme. Sans doute s’agissait-il d’une petite voleuse des rues, prête à tout pour de l’argent, même à tirer sur un homme désarmé.
Cependant, il ne se trouvait pas dans un taudis infâme, bien au contraire. La pièce où on le sequestrait était vaste et haute de plafond. Deux grandes fenêtres, des rideaux en damas… Le soleil du matin entrait à flots et faisait chatoyer les dorures des lambris. Il y avait peu de meubles, mais tous de style Louis XV et d’excellente facture. En outre, les fresques ornant les murs, des scènes de chasse, lui donnaient une étrange impression de déjà vu…
Ou diable pouvait-il bien être ?

Eh bien, je trouve le dessin de Rin Ogata encore moins joli pour cette adaptation que pour Une Noble Promesse/Lord Calthorpe’s Promise. Les nez sont décidément trop grands et les yeux trop étirés. Quel manque d’harmonie… >_>

Dommage, car j’aime beaucoup le roman Le Château des Tentations/Tempting Kate malgré une fin trop rapide. Des années après l’achat de la version française du roman, je me suis procurée la version originale, beaucoup plus satisfaisante. En outre, j’ai découvert qu’une certaine scène hot de la version française n’était pas au même endroit dans la version anglaise, ce qui a aussi pu contribuer à mon sentiment de manque d’aboutissement lors de ma lecture en français.

Quoi qu’il en soit, j’adore ce roman parce qu’il est sexy en diable ! J’aime la témérité de Kate et son culot. Mais j’aime aussi sa féminité mâtinée de fierté. En cela, j’admire ces héroïnes fortes qui ne plient pas sous le diktat de l’amour qui, soit disant, les rend faibles et stupides confrontées à l’homme de leur vie.

Tempting KateJ’adore également Grayson : prévenant et particulièrement indulgent si l’on tient compte du fait que Kate lui tire dessus dès le début de l’histoire. Son contrôle de soi et ses actes calculés rendent encore plus délicieux les passages où il perd sa précieuse maîtrise devant les charmes de Kate. D’un certain point de vue, j’apprécie autant la forte personnalité de Kate et Grayson à travers le déni réciproque de leurs sentiments, refusant de concéder à l’autre du pouvoir sur leur être… jusqu’à ce que les circonstances les poussent dans leurs retranchements.

Certains trouveront certainement leurs personnages trop bornés et rudes, mais j’aime assez l’entêtement de chacun d’eux à ne pas admettre ni dévoiler ses sentiments à l’autre. Surtout que cela me permet de suivre le lent fissurage de la froide carapace de Grayson — j’adore que l’héroïne mette le héros à genoux, surtout quand elle est en position de supériorité même si elle l’ignore ! d(>w<)b

Le livre n’est pas dépourvu d’humour, mais je l’ai trouvé moins drôle que les 3 autres volets. Par contre, les scènes sensuelles sont particulièrement brûlantes.… (●^o^●) mais j’admets avoir un faible pour les héros en apparence froids comme la banquise mais qui s’avèrent torrides sous la couette.

Mise à jour le 30 novembre 2013

Titre anglais : The Last Rogue
Titre du roman en français : Le Libertin Amoureux
Artiste : Yukako Midori
Genre : Historique
Last Rogue Last Rogue 2
(Cliquez sur les couvertures pour lire des extraits en japonais.)

Synopsis du roman
Le libertin amoureuxC’est le cri horrifié d’une chambrière qui, au lendemain d’une soirée trop arrosée, réveille en sursaut le vicomte de Raleigh, en visite chez un ami. Médusé, il découvre alors qu’il n’est pas seul dans le lit : la belle-soeur de son hôte est étendue à son côté et ne semble pas comprendre davantage que lui comment ils en sont arrivés là !
Cela au demeurant importe peu car, de toute façon, le mal est fait : la réputation de la demoiselle est ruinée et, pour éviter le scandale, un mariage hâtif s’impose. Un mariage qui, songe Deverell avec humeur, est une aubaine pour ce laideron de Jane !
Très vite pourtant, il découvre à ses dépens que l’intéressée ne semble nullement partager ce point de vue…

Le dernier volet de la série a été tout récement adapté en manga. Et personnellement, même sans pouvoir lire le japonais, je trouve que c’est une grande réussite, la meilleure adaptation des 4 romans. Page par page, image par image, j’ai retrouvé mes souvenirs du roman que j’aime particulièrement. Deverell est un héros excessivement adorable de charme et de gentillesse. Quant à Jane, son personnage quelque peu rebutant fait écho à une corde sensible en moi : le complexe du vilain petit canard.

The Last RogueJe n’y peux rien, je craque devant ces histoires où la demoiselle pourvue d’une apparence peu avantageuse s’épanouit petit à petit sous les trésors de patience et de persévérance du héros, seul homme capable de percevoir la beauté intérieure de sa moitié.

Pour parler du roman en lui-même, je vous le recommande. C’est léger et tendre. L’amour y naît progressivement, en parallèle avec l’attraction physique, alors que dans la plupart des romances, l’attraction physique est immédiate tandis que l’amour naît plus tard. Quant aux quelques scène sensuelles, bien que peu nombreuses, leur délicatesse m’a émue presque aux larmes.

Pour mon impression en général de la version manga, le seul point faible du travail d’adaptation de Midori-sensei est que les scènes très sensuelles du roman sont au mieux suggérées et très soft dans le manga. Mais ce défaut concerne aussi bien les adaptations de Shinozaki-san, Hoshiai-san que celle d’Ogata-san. Quoi qu’il en soit, je suis très heureuse du travail de Midori-san sur Le Libertin Amoureux.